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21 - 05 - 2019

Le campement de la Grande Armée, épisode 10 : se soigner

« Je passai à côté des ambulances. Là, près d’un fourgon, gisent une foule de malheureux blessés formés en cercle autour d’un feu placé au centre et servant à faire cuire des tablettes de bouillon. Les chirurgiens et leurs aides en bras de chemises et les manches retroussées, tenaient en main le fatal bistouri ou la scie terrible. Ils coupaient un bras ou une jambe déchiquetaient les chairs et, tout couverts de sang, montraient la plus grande activité dans les pansements. Des jurements affreux, des cris de désespoir, des gémissements lamentables signifiaient l’approche de ces ambulances improvisées et renouvelées sans interruption par les résultats de la bataille »

Extrait des Mémoires du Colonel Combe

« Prenant mon bras droit dans ma main gauche, je considérai pour la première fois la plus belle fleur de mon existence qu’il fallait perdre pour toujours. Le plus grand de mes regrets était de penser que je perdais avec mon bras tout espoir d’être heureux, les talents que j’avais acquis de la musique, de jouer de la clarinette, d’une belle écriture, enfin tous mes moyens de travailler ».

Extrait de Ma Vie militaire, 1800-1810, par Chevillet, trompette au 8e régiment de chasseurs à cheval

« Tous les édifices publics et une grande partie des maisons particulières reçoivent les tristes débris de note défaite : entassés les uns sur les autres, à peine quelques poignées de paille répandus dans les locaux presque tous humides et malsains, servaient à reposer leurs membres sanglants et mutilés ; abandonnés, à leur sort… Les malades étaient sans aliments ; les services médical et chirurgical se faisaient imparfaitement : point de linge, point de charpie pour les pansements. Des suppurations, des pourritures d’hôpitaux, des gangrènes affreuses se déclarèrent ; une dysenterie rebelle se manifesta. Les fiévreux, les blessés, les morts, les mourants nageaient dans leurs déjections ; la paille sur laquelle ils gisaient, réduite en fumier, laissait exhaler l’odeur la plus infecte ; chaque hôpital était un foyer septique et le théâtre de la plus horrible misère ».

Extrait d’un témoignage du docteur Gilles de la Tourette lors du siège de Torgau 13 octobre-26 décembre 1813

Le service de santé des armées manque cruellement de moyens pour faire face aux nombreux blessés et malades. Sur le champ de bataille, faute de moyens d’évacuation efficace une grande quantité de blessés agonise pendant des heures. Une grange sert le plus souvent d’hôpital de campagne et les chirurgiens amputent sans anesthésie. Un morceau de cuir dans la bouche permet de supporter les amputations décidées d’un coup de craie sur le bras ou la jambe.

Les hôpitaux ressemblent souvent à des abris de fortune sans matériel adéquat ; le typhus et la gangrène y provoquent des hécatombes, souvent plus meurtrières que les combats.

Les maladies sont traitées avec les moyens disponibles, le plus souvent inefficaces, voire nocifs. On distribue du vin ou de l’eau-de-vie pour soigner la diarrhée et la dysenterie. Les maux d’estomac sont soignés par des boissons contenant un mélange de thé, fleur d’oranger, tilleul et quelques gouttes d’éther. Les fièvres sont traitées par un « grog », un verre rempli de rhum, du jus de citron avec un peu de sel et de poivre. La gangrène est traitée par une décoction de quinquina et l’application de pansements à l’eau-de-vie.

Quelques mots et expressions populaires de l’époque :

  • Amputation en saucisson ou gagner un gigot : être amputé
  • Avarie ou chaude-lance : maladie de la syphilis
  • Charmante : maladie de la gale
  • Chiffreneau : un coup de sabre au visage
  • Chirurgien de pacotille : surnom donné à un mauvais chirurgien
  • Casser sa pipe : lors des anesthésies, le soldat serre parfois sa pipe dans sa bouche. Si le soldat décède pendant l’opération, la pipe tombe à terre et se casse d’où l’expression « casser sa pipe ».
  • Descend la garde  ou être abîmé: soldat blessé au combat
  • Gagner un quartier de noblesse : recevoir une blessure
  • Mie-de-pain : les poux
  • Raisiné : le sang
  • Sauterelles : les puces
  • Sa faire embrasser par une demoiselle : être blessé ou tué par un boulet de canon
  • Trompe-la-mort : chirurgien militaire

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Coffret à pharmacie de campagne ayant appartenu au Maréchal Lannes, 1804-1809 © Paris – Musée de l’Armée, Dist. RMN-Grand Palais / Pascal Segrette

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Trousse de première urgence de chirurgien, avec instruments chirurgicaux © Paris – Musée de l’Armée, Dist. RMN-Grand Palais / Pascal Segrette

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Habit de général de brigade, modèle an XII, ayant appartenu à Clément de la Roncière, blessé de onze coups de sabre et d’un coup de feu à la bataille d’Eckmühl © Paris – Musée de l’Armée, Dist. RMN-Grand Palais / Emilie Cambier / Marie Bruggeman

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Henri-Félix-Emmanuel Philippoteaux, Episode de la campagne d’Espagne de 1809 © Paris – Musée de l’Armée, Dist. RMN-Grand Palais / Emilie Cambier

 

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