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17 - 08 - 2016

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Rouget de Lisle & La Marseillaise : épisode 8

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© Serge Feith

Aux armes !

Sur l’un des piédroits de l’arc de triomphe de l’Étoile, face aux Champ-Élysées, le sculpteur François Rude (1784-1855) réalise, de 1833 à 1836, un haut-relief intitulé Le Départ des Volontaires. Comme le chant de Rouget de Lisle, l’oeuvre est renommée La Marseillaise.

Dans l’esprit de Louis-Philippe, Le Départ des Volontaires renvoie à Valmy, première victoire de la France révolutionnaire contre les monarchies coalisées, le 20 septembre 1792. Louis-Philippe, devenu roi des Français en 1830, rappelle volontiers qu’il a participé à cette bataille, tout comme à celle de Jemmapes.

Dans cette oeuvre, Rude associe différents éléments de la grande sculpture du passé – Antiquité, Renaissance, XVIIe siècle… Il propose une synthèse de la tradition sculptée, pour créer un nouveau style qui va largement influencer les artistes des générations suivantes, comme Carpeaux, Rodin, Bourdelle. Il s’attache à raconter une histoire pleine d’émotions et de mouvements et cherche à toucher les sens de l’ouïe, de la vue et du toucher. « Sa sculpture est à la fois une allégorie de la guerre – guerre de libération et de propagation des idéaux révolutionnaires – et un événement héroïque de la geste nationale d’après 1789, renvoyant à une épopée moderne. »

« Passions françaises autour de La Marseillaise de Rude… », Isabelle Rouge-Ducos
in Revue de l’Art, n°162, 2008.

MA BA marseillaise 0802 300x200 Rouget de Lisle & La Marseillaise : épisode 8

© Serge Feith

1 Le coq valeureux, ailes et bec ouverts, pose l’une de ses pattes sur une sphère à l’image de la terre. Il est placé au sommet d’une hampe dont le drapeau se déploie derrière le Génie de la Guerre. Lors de la Révolution française, le coq est le protecteur de la République. Le roi Louis Philippe le reprend comme symbole de la réconciliation des Français. Il est donc placé au sommet des hampes lors de la Monarchie de Juillet (1830-1848). Le drapeau à trois bandes verticales, bleu, blanc, rouge, devient aussi le drapeau de la Nation et de l’État ; il n’est plus seulement celui de la République (décret 15/02/1794)

2 En dessous on aperçoit le RF pour République française, ajouté ultérieurement

3 Le Génie de la Guerre est une Victoire, divinité ailée de l’Antiquité, mais aussi une Renommée qui utilise sa voix à la place de la trompette ; il ressemble enfin à Athéna, déesse de la guerre et de la sagesse, vêtue d’une Lorica squamata – armure à écailles – ornée de la tête de Méduse, aux cheveux hérissés de serpents, qui pétrifie ses ennemis d’un regard. Elle est souvent représentée la bouche largement ouverte.

Sa coiffure est le bonnet phrygien porté par la Liberté, et souvent par la République, la Nation, la Patrie ou encore Marianne. Mais il est décoré comme un casque antique, d’un cheval et d’un dragon furieux.

Son visage n’est pas impassible et parfait comme ceux de l’Antiquité classique. L’intensité du cri est rendue par la bouche largement ouverte qui déforme les traits. Rude accentue les expressions. En 1812, à l’École des Beaux-Arts, il a déjà remporté le prix de la tête d’expression.

Elle est armée d’un glaive, qu’elle tend en direction de l’ennemi

Le mouvement de son bras gauche invite ses troupes à la suivre. Il est possible que Rude se soit inspiré du tableau La Liberté guidant le peuple peint par Eugène Delacroix, présenté au Salon de 1831, puis exposé au musée du Luxembourg de 1831 à 1833. Ce geste du bras fait partie de la culture visuelle commune aux artistes de différents pays. C’est aussi la gestuelle que choisit Isidore Pils pour représenter Rouget de Lisle en 1849.

Les bras écartés, les jambes et le torse forment une sorte de grand « X » qui rappelle celui de la statue d’Iris sculptée par Phidias au Ve siècle av. J.C.  Le plissé de la tunique s’inspire également de la sculpture réalisée pour le fronton du Parthénon, aujourd’hui conservée au British Museum à Londres. Rodin revendique ce Génie de la Guerre comme modèle de La Défense qu’il réalise en 1879, dans le cadre du concours lancé par l’État pour un monument à la Défense de Paris.

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© Serge Feith

Le célèbre sculpteur David d’Angers n’intervient pas sur l’arc de triomphe de l’Étoile, mais il écrit à ce sujet dans ses Carnets. Il utilise le titre de La Marseillaise pour évoquer le relief de Rude. Il loue le geste du Génie de la Guerre, mais déteste son cri dont il écrit : « La passion qui grimace aux heures les plus solennelles est ridicule. La laideur n’entraîne pas et le visage de la Liberté tel que Rude l’a rendu est hideux ». L’étrangeté de la sculpture de Rude a déclenché d’autres critiques de la part de ses contemporains.

La frise, de 157 mètres de long et deux mètres de haut, située au sommet de l’Arc, se divise en deux parties : Le départ des Armées et Le Retour des Armées avec une longue scène centrale à la gloire de la Nation. Sa réalisation a été répartie entre six artistes disposant chacun de la même longueur. Au-dessus du haut-relief Le départ des Volontaires dit La Marseillaise, Rouget de Lisle (1 sur l’image) est représenté en compagnie du compositeur François-Joseph Gossec (1734-1829). Vêtu tel qu’on le décrit vers la fin de sa vie, lorsqu’il se promène dans les rues de Choisy-le-Roi. Deux signatures encadrent cette figure, en bas à droite celle du sculpteur Charles-René Laitié (1782-1862) ; en bas à gauche, celle de Sylvestre Brun (1792-1855).

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