Sélectionner votre langue : Français

27 - 05 - 2015

cour d'honneur de l'Hôtel national des Invalides

Cérémonie d’hommage de l’Ordre de la Libération aux 4 résistants qui vont entrer au Panthéon

Mardi 26 mai s’est déroulée, au musée de l’Armée, la cérémonie d’hommage de l’Ordre de la Libération aux quatre résistants qui vont entrer au Panthéon, Geneviève de Gaulle, Germaine Tillon, Jean Zay et Pierre Brossolette.

La cérémonie se tenait en présence de Monsieur Jean-Marc Todeschini, secrétaire d’Etat chargé des anciens combattants et de la mémoire, du général de division (2s) Christian Baptiste, directeur du musée de l’Armée et du colonel Fred Moore, compagnon de la Libération et dernier chancelier de l’Ordre de la Libération. Au cours de la cérémonie le journaliste Laurent Joffrin, directeur de la publication du journal Libération, a prononcé un discours d’hommage aux 4 résistants, que le musée vous propose de retrouver dans son intégralité ci-dessous.

« Mesdames, messieurs,

Pour dire non au plus fort de l’épreuve, il fallait avoir un courage physique hors du commun. Mais pour dire en même temps oui à l’avenir, au redressement du pays, à l’espoir d’une société nouvelle, il fallait y ajouter, en 1940, au cœur des ténèbres, un extraordinaire courage moral, celui qui est peut-être distribué avec une parcimonie encore plus étroite…
Tel est, je coirs, le vrai sens de cet hommage de la nation, à quatre de ses héros exemplaires, Geneviève de Gaulle, Germaine Tillon, Jean Zay et Pierre Brossolette. A la négation de l’homme qu’était le nazisme, ils ont opposé un refus absolu. Mais à l’espérance dans l’homme, ils ont accordé toute leur foi, alors que cette époque penchait vers la résignation, alors que les valeurs démocratiques étaient bafouées, trahies et piétinées.

Dire non mais privilégier l’espoir. Faire la guerre mais préparer la paix.
Ce fut le cas de Germaine Tillon et de Geneviève de Gaulle, qui ont rejoint dès 1940 ce groupe héroïque appelé plus tard le réseau du musée de l’Homme, et qui furent ensuite arrêtées et déportées au camp de femmes de Ravensbrück. Elles n’ont pas seulement résisté. Elles ont préparé l’avenir. Toutes deux ont eu après la guerre une action civique qui prolongeait et justifiait une deuxième fois leur engagement. Elles se sont d’abord investies, à la Libération, dans les organisations d’anciens déportés. A Ravensbrück, Germaine Tillon avait rencontré Margarete Buber-Neumann, cette militante communiste enfermée dans un camp par Staline puis livrée aux nazis qui l’ont à leur tour enfermée. Grâce à cette amie de déportation, Germaine Tillon fut l’une des premières à comprendre la parenté des méthodes de répression qui reliaient entre eux les systèmes totalitaires.
Ethnologue, Germaine Tillon s’engagea plus tard pour la paix en Algérie. Ce combat pour la dignité du peuple algérien et pour le dialogue entre les autorités françaises et les chefs de l’insurrection lui valut des inimitiés dans les deux camps. Il découlait naturellement de l’expérience de la guerre.
Geneviève de Gaulle milita pendant des décennies à la tête de l’association ATD-Quart-Monde, parce qu’elle voyait chez les exclus de notre société les mêmes regards, les mêmes souffrances qu’elle avait observées à Ravensbrück. Elle dénonçait sans cesse ce qu’elle appelait « le camp de la misère », qui est une autre forme d’enfermement.

Dire non mais privilégier l’espoir. Faire la guerre mais préparer la paix.
Pierre Brossolette était un intellectuel, un homme de réflexion autant que d’action. Lui aussi, au plus sombre du combat clandestin, réfléchissait à la France de l’après-guerre et pensait au moyen de fonder une société plus juste et plus humaine. Ses idées politiques ont été contestées, on les a opposées à celles de Jean Moulin. Pourtant ses idées sociales annonçaient aussi celle du Conseil National de la Résistance, qui a jeté les bases de notre Etat-providence.

Dire non mais privilégier l’espoir. Faire la guerre mais préparer la paix.
Jean Zay, député radical, ministre du Front populaire, emprisonné par Vichy au terme d’un procès inique, agitait en captivité les projets de réforme qu’il avait conçus pour l’après-guerre. Sa réforme de l’éducation, entreprise alors qu’il était au gouvernement, a lancé le mouvement de refonte de l’école qui allait ensuite se répandre dans la plupart des grandes démocraties. Ministre exemplaire, ministre assassiné, il avait en tête la société nouvelle de la Libération.
En un mot, donc, le refus les motivait, mais l’espoir guidait leurs pas. Cette soirée est dédiée à ces deux femmes et à ces deux hommes, qui surgissent du passé pour nous rendre le goût de l’avenir. Nous allons entendre leurs textes, c’est-à-dire le message qu’ils nous ont laissé, du plus profond de la nuit, pour nous montrer la lueur du renouveau.
Je leur laisse donc la parole. »

En cette journée nationale de la Résistance, suivez également en direct, sur France 2, la cérémonie de l’entrée au Panthéon des quatre résistants, dès 16h55.

Ajouter un commentaire

* champs obligatoires